Éditorial: La France de Nicolas
Ce soir-là , Nicolas Sarkozy se présente devant 100 français. Il cède à la mode des émissions où le politique s’adresse aux vraies gens. Il le fait avec son habituel courage – car il est courageux. Courageux pour dire ses convictions, défendre ses positions, exposer son projet.
À moins – et je crois que la question se pose – qu’il soit simplement inconscient. La question se pose d’autant plus que, même avec un an de recul, il n’est jamais revenu sur ses propos incendiaires (je pèse mes mots) quant à la banlieue. C’est une parenthèse. Revenons à ce soir-là , aux 100 français, à la télévision.
À propos des retraites : Nicolas Sarkozy parle d’encourager le travail partiel pour les retraités.
Au fait, combien de personnes encore en âge de travailler sont en dehors du marché du travail ? Ne serait-il pas plus judicieux de se poser la question de la redistribution ? Certaines retraites ne seraient-elles pas anormalement élevées dans le contexte actuel ? N’y a-t-il pas une source de financement à trouver à travers la taxation des profits non liés au travail?
Sur le chômage et l’emploi : la solution, pour le ministre candidat, c’est d’augmenter le temps de travail, et cela en dépit de toutes les études qui montrent qu’un surcroît de disponibilité d’heures supplémentaires n’est pas nécessaire…
Le « stock » d’heures supplémentaires déjà à disposition n’est pas utilisé ! Suis-je mal pensant ? Évidemment, pas un mot sur la formation… Autre piste : interdire le refus de plus de deux propositions d’emploi… Là , je rigole ! Quelle ANPE fait des « propositions d’emploi » à ses « usagers » ? Et que dire de l’autorisation de travailler le dimanche ? À titre personnel, ça ne me gêne pas, mais, dans ce choix, on voit bien qu’il s’agit de favoriser la grande distribution au détriment d’employés souvent précaires, souvent exploités et dont on sait que, pour ce qui est des heures supplémentaires, ils ne choisiront rien…
En matière (sensible) de santé : « tout ne peut pas peser sur les épaules des médecins » , « il faut lutter contre la fraude » , je cite, le ministre…
Mais, dites-moi, où vit, ce Nicolas Sarkozy ? La fraude est marginale, on le sait ! Elle est sans rapport avec les vrais problèmes de financement de système de santé ! Quant aux médecins, les charges qui pèsent sur leurs épaules et dont le présidentiable paraît être scandalisé, est-ce l’augmentation de leur revenue concédée il y a quelques mois? Il me stupéfie, cet homme!
Passons au logement : il veut favoriser l’emprunt. Alors, il n’y a aucune « bulle immobilière »?
Les augmentations formidables (au sens propre du terme) des loyers et du foncier sont tout à fait normales ? La régulation ? Inconnue, au bataillon UMP ! Et, sans vouloir faire du mauvais esprit, il est donc envisagé que les SDF fassent des emprunts ? Ou, alors, Nicolas Sarkozy ne s’intéresse pas aux SDF?
Et pour la dette ? La bonne idée, c’est de ne pas remplacer 1 fonctionnaire sur 2, prenant sa retraite.
Quand dira-t-on clairement le ridicule d’une pareille annonce ? N’importe qui, armé de sens pratique, comprend que ça n’a pas de sens. Il faut poser la vraie question : veut-on maintenir, voire améliorer la qualité des services de santé (infirmières, médecins, équipements…), d’éducation (formation des enseignants, matériel, conditions d’accueil des enfants, suivi adapté à chaque élève…), de Justice (greffiers, juges, avocats commis d’office manquent de moyens…) et autres piliers de cette belle invention qu’est la cohésion sociale (cette autre appellation du vivre ensemble, menacé de disparaître). Ou, alors, veut-on renoncer au principe de solidarité ? Est-il entendu que la suite du processus de civilisation consiste à vivre chacun de son côté, sans interdépendance, sans lien, sans échange et sans partage avec le reste de l’humanité – Robinson d’une île déserte aux six milliards d’habitants.
Dans sa logique de destruction de tout ce qui relie les uns aux autres, le président de l’UMP oublie que lui et ses amis ne peuvent s’extraire de la société.
Le trop-plein de déséquilibres, d’injustices, d’humiliations mène à la guerre civile, monsieur le Ministre.
La France de Nicolas Sarkozy, c’est une France où il est absolument normal que les privilégiés soient privilégiés et que les pauvres soient pauvres. D’ailleurs, il estime que les 11000 euros mensuels qu’il touche en tant que ministre de l’intérieur ne sont « pas volés » - et c’est vrai, il ne les a pas volés. Mais, est-ce moral de s’augmenter régulièrement, de vivre aux frais de la république, dans les ors de la monarchie française, de circuler en voiture avec chauffeur, de bénéficier d’emprunt à taux zéro, entre autres fantaisies, quand la pauvreté et les inégalités s’accroissent ? Les élites – politiques ou autres – sont-elles « hors cadre » ? Dispensées de morale ? N’ayant de compte à rendre à personne ? Il y a, donc, dans la France de l’aristocrate Nicolas Sarkozy, ceux qui n’ont que des droits d’un côté et ceux qui n’ont que des devoirs ? Les devoirs étant pour les plus faibles, les plus fragiles, les gens normaux, tout bêtement… Et les droits étant pour les élites.
La compréhension et la tolérance de Nicolas Sarkozy s’exercent vis à vis de Johnny Hallyday, pauvres chanteurs contraints à la fuite, mais pas au voleur de mobylette.
L’attention et la compassion de Nicolas Sarkozy, c’est pour les chefs d’entreprise, malheureux, empêchés de travailler par les méchants salariés et les vilains syndicats.
La France de Nicolas Sarkozy, c’est chacun pour soi et tant pis pour les autres.
Vouloir ramener les électeurs de Le Pen dans le champ de la démocratie, c’est convaincre que ses idées sont fausses et ses réponses inadaptées et non les diffuser – même en version light.
La France de Nicolas Sarkozy est, j’ose le dire parce que je le crois, égoïste, raciste, antisociale. Une France qui n’aime pas la France, qui n’aime pas le peuple.
Je n’aime pas cette France.
Je n’aime pas les slogans, parce que j’aime les idées.
Je n’aime pas la communication politique, parce que j’aime la politique.
La politique a besoin de fond.
La politique, c’est élever, rassembler, construire ensemble.
Peter Huc