Éditorial : Le Ventre de la bête
J‘apprends – ça ressemble à un cliché : le « méchant » à terre, épargné, qui dans une dernière lâcheté attaque son vainqueur dans le dos - j’apprends donc que M. Faurisson, dont le nom a déjà acquis une triste et hélas durable célébrité, au retour d’un pince-fesse à Téhéran où l’on nie banalement l’existence d’Israël, s’est attaqué à un membre permanent de mon Panthéon personnel, a décidé que se faire qualifier de « faussaire de l’Histoire » par Robert Badinter lui était insupportable et injurieux, et méritait un procès.
Le négationnisme des crimes de l’Holocauste Nazi des juifs, tziganes, homosexuels et autres, a déjà perdu tous ses combats légaux, s’est ridiculisé partout où l’on prend le temps de réfléchir avant d’éructer sa haine. La seule victoire de ce courant d’idées est d’avoir provoqué panique et vote en urgence d’une loi fixant des limites à la liberté d’expression, et c’est déjà impardonnable à mon sens.
De défaite en défaite, ce courant persiste encore, trouve son terreau dans des zones mal éclairées, se repaît de haine, d’ignorance et de perdition, c’est le « ventre fécond ». Et c’est comme caresse de ce ventre qu’au delà de son absurdité apparente - on a risqué le mot « bouffonnerie » - ce procès prend tout son sens. Je donne encore assez de crédit à la Justice pour ne pas imaginer autre chose que le débouté, mais le mal est déjà fait : un héros de la République au soir de sa vie est appelé à se défendre d’une attaque insidieuse n’ayant d’autre but que la publicité et par là une tentative de revalidation de ces thèses imbéciles.
Notre réponse est la masse, l’affirmation massive de notre rejet définitif de ces fantasmes, la contre-publicité, salle d’audience pleine, manifestation au dehors, debout les militants!
Mais est-ce la seule? Devons-nous laisser encore et toujours le terreau dans l’ombre, cacher le ventre fécond sous nos raisonnements sereins et la légitimité de nos positions, et finalement baisser les bras et nous contenter d’espérer qu’aucune autre « bête immonde » n’en ressortira?
Rappelons-nous toujours que Tocqueville n’envisageait pas de vraie démocratie sans éducation, que c’est de l’éducation que vient la capacité de la réflexion personnelle et la lumière, car aucune loi n’empêchera l’obscurité, et que l’Éducation est le combat principal, renouvelé à chaque naissance, de la République, sa première priorité, l’arme absolue qui crèvera le Ventre de la Bête.
Luc Chapon
Référence: l’article de Claude Weill
Qui ne connaît la vérité n’est qu’un imbécile. Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge, celui-là est un criminel !
Bertold Brecht
6 mars 2007 Ã 18:24
Bravo pour ce blog!

Quant à l’odieux personnage qui en est le sujet, faire un petit tour sur Wikipedia pour en connaître un peu plus (même si ça rend un peu malade) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Faurisson
Courage et éduquons-nous les uns les autres…
29 mars 2007 Ã 11:29
Faurisson, négationniste impénitent face à Badinter
Par Christophe BOLTANSKI
QUOTIDIEN : mardi 13 mars 2007
Quand Robert Faurisson pénètre dans le tribunal encore vide, il prend place du côté des prévenus, à la gauche de la barre. Par habitude. Il a tant de fois été condamné pour négationnisme ou apologie de crimes de guerre. Aujourd’hui, pourtant, c’est lui qui attaque. Il poursuit l’ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, celui-là même qui, en 1981, lui avait fait subir son premier déboire judiciaire. Un quart de siècle plus tard, celui qui nie non seulement l’existence des chambres à gaz, mais aussi la réalité de la Shoah, tente d’inverser les rôles.
Devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, l’ancien maître de conférence à Lyon-III accuse l’ex-ministre de lui avoir causé «un préjudice considérable en mentant sciemment» le 11 novembre 2006, sur la chaîne Arte. Invité de l’émission le Forum des Européens, Robert Badinter avait évoqué au détour d’une phrase son passé d’avocat : «Le dernier procès que j’aurai plaidé dans ma vie avant de devenir ministre, c’est le procès contre Faurisson. J’ai fait condamner Faurisson pour être un faussaire de l’histoire.»
Argutie.
Un propos «diffamatoire», selon Faurisson qui, debout, brandit le jugement du 8 juillet 1981. «Je demande où, à quelle page, à quel alinéa, à quelle ligne, il est dit que Robert Faurisson a été condamné pour être un faussaire de l’histoire ? La réponse est : nulle part !» Lors de ce premier procès, les juges avaient estimé qu’il avait «manqué aux obligations de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle qui s’imposent au chercheur qu’il veut être», qu’il avait même «volontairement tronqué certains témoignages». Mais le tribunal avait estimé «ne pas avoir à rechercher si un tel discours constituait ou non une falsification de l’histoire».
C’est cette argutie juridique qui lui permet de traîner en justice «l’ancien garde des Sceaux, l’ancien président du Conseil constitutionnel», comme il se plaît à le rappeler. Il réclame 15 000 euros de dommages et intérêts et la lecture du jugement sur Arte. La situation semble le réjouir. Cet homme de 77 ans, le crâne garni de deux petites touffes blanches, qui en parlant de lui-même dit «Faurisson», s’enflamme à mesure qu’il ressort ses vieilles antiennes sur «les prétendues chambres à gaz et le prétendu génocide des Juifs». Le président, Nicolas Bonal, lui rappelle que ces mêmes propos lui ont valu d’être condamné. En vain. C’est un négationniste impénitent qui revendique haut et fort un brûlot antisémite, posté en ligne et cité par un témoin de la défense. «J’en suis l’auteur, j’en suis l’auteur !» crie-t-il à propos d’un texte intitulé Je bois du petit lait qui compare l’Holocauste à une «baudruche» qu’il faut crever et ajoute : «C’est un bidon fondamental, ce grand martyr de la race juive.»
Assis en face de lui, Robert Badinter parvient difficilement à contenir sa colère. «C’est un fou !» murmure-t-il plusieurs fois. Debout à son tour devant les juges, il explique que l’émission d’Arte portait sur un tout autre sujet : les menaces des intégristes sur la liberté d’expression. Interrogé «à la fin, presque à l’improviste» sur les lois mémorielles, il a réitéré les réserves qu’il partage avec les historiens et rappelé qu’en tant qu’avocat de la Licra, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme, il avait réussi à faire condamner Faurisson bien avant la loi Gayssot.
Plaidoirie.
Le 22 juin 1981, il n’avait pas cessé de traiter dans sa plaidoirie l’universitaire de «faussaire de l’histoire». Deux jours plus tard, nommé garde des Sceaux par Mitterrand, il avait quitté le barreau pour la chancellerie.
Lors du jugement, le 8 juillet, il était assailli par ses nouvelles tâches. «J’ai été certainement avisé du résultat. […] Je ne suis pas sûr d’avoir lu le jugement. […] Pour un article, j’aurais vérifié. Sur un plateau de télévision, vous répondez en fonction de vos souvenirs.»
Voilà pour la forme.
Sur le fond, il ne regrette rien. Dans la décision de 1981, un attendu, raconte-t-il, le concerne personnellement. «C’est celui qui évoque les survivants et les enfants de celles et de ceux qui ont disparu dans le génocide. Je suis de ceux-là .» Il poursuit sans parvenir à contenir son émotion : «J’avais 13 ans quand mon oncle a été arrêté au domicile que nous venions de quitter, en octobre 1941 . Il a été dénoncé et envoyé à Drancy et, de là , a disparu. J’avais 14 ans quand ma grand-mère paternelle a été arrêtée à son domicile par des policiers français sur ordre de Bousquet. C’était au début de l’automne 1942. Elle avait 80 ans. On l’a descendue sur une civière, envoyée à Drancy, déportée, et on n’a plus eu de ses nouvelles. J’allais avoir 15 ans quand mon père a été arrêté à Lyon ; […] bien entendu, nous n’avons jamais eu de ses nouvelles.» Il raconte comment, à la Libération, il allait au Lutetia interroger les survivants, comment, plus tard, il a récité le kaddish dans le camp de Sobibor, tombeau de son père. Faurisson est coupable de «l’une des pires entreprises de faussaires de l’histoire… On en est arrivé à dire que ces gens sont morts du typhus, sous les bombardements alliés. Par hasard». Il hausse la voix, se tourne vers son accusateur : «Que les choses soient claires. Pour moi, jusqu’à la fin de mes jours, tant que j’aurai un souffle, vous et ceux de votre espèce ne serez jamais que des faussaires de l’histoire la plus tragique.»
Témoins.
Robert Badinter a obtenu que cette audience , qui s’achèvera le 2 avril, soit filmée «pour l’histoire». Ses témoins  des historiens, comme Annette Wieviorka, le romancier Didier Daeninckx…  démontent les méthodes falsificatrices du plaignant qui usurpe jusqu’à son titre de «professeur d’université». Valérie Igounet, auteur d’une histoire du négationnisme en France, explique : «Faurisson part de son postulat que les chambres à gaz n’existent pas et, à partir de ce postulat, il va interpréter les faits.» Tous soulignent aussi sa «phobie antisémite» exprimée récemment lors d’une conférence négationniste sur l’Holocauste à Téhéran où il vitupère contre «la juive Simone Veil» ou le «juif Fabius».
Après avoir détaillé comment le plaignant «triture, tronque et falsifie», l’historienne Nadine Fresco conclut qu’il faut «apprendre à vivre avec ces faussaires» tout en continuant «à travailler et à les combattre». Car, ajoute-t-elle : «ils procèdent par scandales» . «On est dans le chagrin, eux sont dans la jouissance. Et leur jouissance semble immense.»
Source : http://www.liberation.fr/actualite/societe/240493.FR.php
3 avril 2007 Ã 17:24
Devant le tribunal de Paris, le procureur affirme que M. Faurisson a tous “les attributs du faussaire” de l’histoire
LE MONDE | 03.04.07 | 14h39 • Mis à jour le 03.04.07 | 14h39
Pour avoir déclaré, le 11 novembre 2006 lors d’une émission sur Arte, qu’il l’avait fait condamner “pour être un faussaire de l’histoire”, Robert Badinter était poursuivi, lundi 12 mars et lundi 2 avril, en diffamation par l’universitaire négationniste Robert Faurisson devant la 17e chambre du tribunal de Paris.
Pour comprendre le fondement juridique de l’audience, il fallait remonter à un jugement du 18 juillet 1981, à l’occasion d’un procès qui a opposé Robert Faurisson à la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) dont M. Badinter assurait la défense. Le tribunal avait condamné M. Faurisson pour ses propos niant l’existence des chambres à gaz dans les camps de concentration et soutenant que Hitler n’avait “jamais ordonné ni admis que quiconque fût tué en raison de sa race ou de sa religion”. L’expression “faussaire de l’histoire” ne figurant pas dans le jugement, M. Faurisson s’est estimé fondé à poursuivre M. Badinter.
Dans une salle d’audience transformée en tribune, où se pressait un public acquis à M. Faurisson, les propos les plus fermes ont été tenus par le ministère public, représenté par le procureur adjoint de Paris, François Cordier. En une vingtaine de minutes, il a ramené un débat qui s’était un peu égaré à la seule question que le tribunal aura à trancher : Robert Badinter pouvait-il soutenir qu’il a fait condamner Robert Faurisson pour être un “faussaire de l’histoire” ?
A l’appui de sa démonstration, le procureur a commenté chacun des attendus du jugement de 1981 qui, évoquant les “amalgames” d’un discours plus “politique” que “scientifique” ou le ton “messianique” employé par M. Faurisson, concluait qu’il avait “manqué aux obligations de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle qui s’imposent au chercheur qu’il veut être”.
“Le tribunal ne vous a pas condamné pour des raisons morales, mais parce que vous avez falsifié l’histoire ! Et ce jugement constitue un réquisitoire implacable qui vous a donné l’ensemble des attributs du faussaire”, a lancé le procureur. “Votre méthode se réduit à une entreprise de destruction systématique que le tribunal qualifie d’anéantisation. Vous rejetez dans le néant des mythes ce que vous ne pouvez ou ne voulez pas admettre”, a-t-il ajouté.
A l’adresse du tribunal, M. Cordier a observé : “M. Faurisson a bien été condamné. Sa méthode (…) a été réprouvée en des termes qui permettent de dire légitimement que c’est celle d’un faussaire”, même si le mot “n’a pas été utilisé”. En demandant aux juges de rejeter la “nouvelle tentative de mystification et d’imposture” du négationniste, M. Cordier a observé : “Ce faisant, vous direz que tous ces enfants, ces femmes, ces vieillards, ces hommes arrêtés, déportés, exterminés parce qu’ils étaient juifs ou tziganes ou malades mentaux demeureront dans notre mémoire, qui est leur unique sépulture.”
Jugement le 21 mai.
Pascale Robert-Diard
Article paru dans l’édition du 04.04.07
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-891194@51-882222,0.html