Bouclier logement contre bouclier fiscal !
Il y a dans cette opposition, formulée par une élue socialiste, toute la symbolique du choix qu’il faudra faire le six mai. Sarkozy disait reprendre les discours de Jaurès. Mais quand il revendique un bouclier, qui veut-il protéger ?
Son bouclier fiscal, qui doit assurer qu’un contribuable ne puisse payer l’équivalent de 50% de son revenu en impôt, est dédiée aux 350.000 foyers qui disposent d’un patrimoine supérieur à 1,2 millions d’Euros. Difficile d’imaginer Jean Jaurès défendant cette cause… Face à cela, Ségolène propose un bouclier logement, augmenter les allocations logement de manière à limiter à 25% le montant des dépenses de logement pour les ménages modestes. Les choses sont donc claires, pour la droite c’est aux plus riches que doit servir le bouclier de l’Etat, pour la gauche, c’est à ceux en situation de précarité.
Cette opposition se retrouve dans les bilans comme dans les programmes. Depuis cinq ans Sarkozy ne défend que la sécurité et le « travaillez plus pour gagner plus », image la plus classique de la droite, stigmatisant la pauvreté ou la précarité, la réduisant à un manque de travail. Et dernièrement encore pire, puisque Sarkozy nous explique que tout le destin d’un individu est dans son patrimoine génétique. Tout est dit, nous avons la pensé de droite poussée dans sa caricature. L’inégalité et l’ordre social sont justes, reste à les maintenir, et pour cela deux choses, la baisse des impôts des plus riches et jouer sur la peur de l’insécurité en donnant pour seule réponse des cars de CRS, des peines toujours plus violentes, une justice expéditive, tout donc pour maintenir cet ordre social par la force. En refusant d’appliquer la loi SRU, il se fait le champion d’une société qui met d’un coté des villes extrêmement riches comme Neuilly et de l’autre des villes qui concentrent toute la misère, les problèmes sociaux, la précarité et la violence. Demain il nous propose un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, reprenant ainsi les thèmes du FN ou de Villiers, faire croire que l’immigration menace l’identité nationale, ce qui en dit long sur sa conception de la république française.
À l’inverse, la gauche, elle, part d’abord du constat de l’injustice de l’ordre social et souhaite le changer, redistribuer les richesses, protéger les travailleurs, donner l’accès pour tous à des bien indispensables comme l’éducation et la santé. C’est ce que la gauche avait fait au pouvoir, mise en place la couverture maladie universelle, lois de modernisation sociale pour rendre plus difficile les licenciements, réduction du temps de travail, lois SRU pour permettre la mixité sociale. Et c’est ce qu’elle propose pour demain, augmentation des salaires, des petites retraites, construction de logements sociaux et investissement dans l’éducation. Mais aussi établir une république nouvelle en redonnant des pouvoirs au parlement, en refusant le cumul des mandats, en supprimant le 49-3 et surtout en donnant le droit de vote des étrangers aux élections municipales. Lutter contre les injustices de l’ordre social, redonner du pouvoir au citoyen, c’est le pacte présidentiel de Ségolène. Le problème n’est pas de savoir quelle est le meilleure expert ou le plus compétent. Chacun a ses économistes, ses sociologues, ses spécialistes en relations internationales. Et Ségolène a avec elle les meilleurs, comme Thomas Piketty, sans doute l’économiste français ayant le plus de notoriété internationale, mais de toute façon, le débat droite-gauche n’est pas un débat d’experts mais bien un choix de société. Sakozy veut une société inégalitaire maintenu par un ordre policier, Ségolène Royal veut établir un ordre juste. Il est là le choix que nous aurons à faire le 6mai, et jusque là c’est le choix de Ségolène Royal que la gauche de toutes ses forces.
Cyril Jayet