Article du Monde.fr - “Des sympathisants réunis pour suivre le débat réagissent” (partie 1)
“Il ne s’attendait pas à ça”, savourent les soutiens de Mme Royal
Ravis. Conquis par la pugnacité de leur candidate. Et soulagés. Sur l’écran géant, Ségolène Royal accroche son rival dès les premières minutes. Le bilan d’abord, la sécurité tout de suite après. “Le commissariat de Clichy que vous aviez promis n’est toujours pas ouvert…” . Le député socialiste de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg explose de rire : “C’est le retour de Kill Bill !”
Porte-parole et proches de la candidate se sont réunis pour suivre le débat du second tour de l’élection présidentielle, mercredi 2 mai, au restaurant La Bellevilloise, dans le 20e arrondissement de Paris, choisi pour son histoire : berceau d’une des premières coopératives, lieu de rassemblements politiques de Jaurès au premier étage et, comme le stipule un petit document remis à la presse, café où l’on “célèbre les victoires électorales”.
Mme Royal y a donné rendez-vous à son équipe après le débat. “Il s’attendait pas à ça “, savoure l’ancienne ministre Yvette Roudy, après que Nicolas Sarkozy eut lâché : “Souffrez que je puisse faire une phrase…”à Pour Christiane Taubira, l’insistance du candidat de l’UMP à citer François Hollande est “signée” Eric Besson, l’ancien secrétaire national à l’économie du PS passé dans le camp adverse.
L’écrivaine Marie Darrieussecq loue “la fougue” de la candidate : “elle a montré qu’elle est capable, ça, c’est résolu”. Thomas, le fils aîné de Mme Royal et de M. Hollande, dit sa “fierté”. Comme beaucoup, le sénateur David Assouline a noté que M. Sarkozy “fuit le regard” de son adversaire mais il est un peu tracassé : “les institutions… ça ne vient pas… C’est important pour les bayrouistes…”
La salle, à l’affût des “tics” de M. Sarkozy, rit, applaudit, se tend. Pousse un ouf de soulagement après la “saine colère” de Mme Royal, – un peu trop longue sans doute, mais quand même “bénéfique”. “On a gagné une grande bataille”, juge Najat Belkacem.“J’ai montré que j’avais de la solidité”
A minuit et demie, Mme Royal apparaît entourée de son co-directeur de campagne, Jean-Louis Bianco, et de ses conseillers Julien Dray, Sophie Bouchet-Petersen, Nathalie Rastoin. “Ce soir, je crois que j’ai montré que j’avais de la solidité”, déclare la candidate qui fait part de sa “plénitude” et cite avec le sourire “le verdict de la presse internationale” dont celui, apparemment avantageux, venu de Londres. “La BBC, la BBC!”, répète-t-elle.
“PPDA m’a fait une petite vacherie”, raconte Mme Royal qui avoue avoir été un peu “déstabilisée” dans les premières minutes du débat par la question du présentateur de TF1 alors que le tirage au sort avait donné la parole, en premier, à M. Sarkozy. Sa colère à“C’est l’accumulation. Je me suis dit : il faut que j’arrête la machine à mentir, affirme-t-elle. On ne peut pas tricher sur deux heures”. Elle dit avoir reçu, sur son téléphone portable, plusieurs messages de soutien des associations de handicapés.
Julien Dray paraît vidé, mais content. “Sarkozy était venu pour un débat courtois, circulez y’a rien à voir et vivement dimanche. Il a été obligé d’aller au combat, il a été moins chef qu’elle”.
A l’autre bout de la ville, au siège du PS, François Hollande a suivi le débat avec une vingtaine de responsables socialistes. “Ségolène a réussi à ramener Sarkozy à son statut de candidat sortant”, se félicite-t-il en décrivant un adversaire ” tout en retenue, en artifice, en communication”. Plusieurs fois cité par M. Sarkozy, le premier secrétaire conclut avec humour : “ça, c’était le débat avec le troisième homme”…