Une gauche crédible.
Mercredi 24 octobre 2007Les mouvements de grève qui commencent actuellement sont une première occasion pour le parti socialiste de montrer qu’il est capable de faire sa rénovation, de porter une opposition à la politique de la droite et de proposer aux grévistes une politique alternative crédible.
Avec le bouclier fiscal et les baisses d’impôts sur le revenu, le gouvernement de Nicolas Sarkozy vient de faire un cadeau de 15 milliards d’euros aux individus les plus privilégiés. Maintenant il s’attaque aux retraites de ceux qu’il qualifie de privilégiés, des conducteurs de trains.
Quand les hasards de l’actualité médiatique font coïncider cela avec les scandales d’EADS où des dirigeants s’enrichissent frauduleusement de plusieurs millions, il y a de quoi être scandalisé de parler des grévistes comme des privilégiés. L’opposition du parti socialiste et de la gauche à cette politique est donc évidente. Mais elle doit être celle d’un parti aspirant au gouvernement, donc qui entame un dialogue honnête avec les organisations syndicales pour permettre l’élaboration d’un véritable programme alternatif.
L’honnêteté impose d’abord de dire qu’il y a une réforme des retraites à faire, que les évolutions démographiques doivent bien trouver des solutions économiques et que les réformes des régimes spéciaux se posent à l’intérieur d’une grande négociation sur la prise en compte de la pénibilité du travail. C’est la grande injustice de la réforme Fillon sur les retraites : son incapacité à prendre en compte les différences de condition de travail. On ne peut poser la question de la fin d’une carrière sans s’interroger sur les différences d’espérance de vie ou du nombre moyen d’accidents de travail entre les différentes professions. C’est seulement en prenant en compte de tels critères qu’on pourra faire une réforme juste des retraites.
Le parti socialiste a devant lui deux impasses possibles, la première serait d’abandonner son combat socialiste pour reprendre le point de vue de la droite, celui de la critique de soit-disant privilégiés, la seconde impasse serait de perdre sa crédibilité en se contentant d’un suivisme passif des protestations et de quelques flatteries envers les grévistes. A l’inverse les socialistes peuvent chercher à conjuguer la prise en compte des réalités économiques et les justes protestations des grévistes. Cette voie est plus difficile, elle impose de substituer l’analyse à la posture, le dialogue constructif à la flatterie mais c’est la seule qui permettra de convaincre que la gauche est capable d’affronter les défis économiques et sociaux de demain.
Cyril JAYET
